Le titre peut faire penser à une erreur d’aiguillage. C’est presque ça car il s’agit bien d’aiguillages en effet, ou plutôt d’aiguilleurs du ciel.
Ceux-là même dont la presse vous informe périodiquement qu’ils menacent de se mettre en grève.

Et sans vouloir porter un quelconque jugement sur la légitimité ou non de ces mouvements particulièrement perturbateurs pour le trafic aérien, nous souhaitons éclairer le débat de quelques tenants et aboutissants que nous voulons aussi objectifs que possible. Tout d’abord sur les raisons même de ces grèves.
C’est tout simple en apparence : les aiguilleurs du ciel ne veulent pas d’une harmonisation européenne de leur métier. Bruxelles demande une libéralisation des professions qui concernent le trafic aérien, surveillance, régulation, navigation. Si libéralisation signifie privatisation, même partielle, on peut considérer que l’intention n’est alors pas heureuse. Comment imaginer en effet que ces activités sortent du domaine public et que le contrôle du trafic aérien dépende d’entreprises privées ? Le risque serait de se diriger peu à peu vers un service dont la recherche de productivité serait privilégiée aux dépens de la sécurité. Ce que les syndicats français appellent un service  » low-cost « . Libéralisation ou harmonisation, les définitions sont loin d’être les mêmes et les valeurs qui y sont attachées bien différentes. Oui pour une harmonisation de ces activités entre les différents états européens, non à une privatisation hasardeuse. Pourtant aujourd’hui les syndicats européens ont renoncé à leur grève, tous sauf les organisations françaises. Il semblerait que derrière une louable volonté de préserver la qualité de leur métier et la sécurité des passagers, se cache un désir de sauvegarder des avantages acquis quelque peu hors du commun si l’on en croit les observations de la cour des comptes à ce sujet : 32 heures officielles de travail par semaine, une heure de repos chaque deux heures travaillées, soit en réalité 24 heures de travail effectif, obscur système complémentaire d’autorisations d’absence appelé  » clairance  » qui vient réduire encore le temps d’activité, 6500 euros net en fin de carrière, retraite à 59 ans, …
Certes ce métier exige, après une formation scientifique très complète, de réunir de nombreuses qualités : self-contrôl physique et moral infaillibles, sens aigu de la responsabilité et de la décision, capacité d’anticipation, résistance au stress, parfaite maîtrise de la langue anglaise. Le contrôleur aérien est un ingénieur de contrôle de la navigation aérienne et ne le devient pas qui veut.
Mais transformer les tours de contrôle en tours d’ivoire dans lesquelles les contrôleurs aériens s’arc-boutent sur des avantages d’un autre siècle, c’est se mettre sur la mauvaise voie : celle du manque de dignité.